Togo: Une décision qui fâche les femmes au port de pêche : un dialogue franc s’impose !

Conflits d’humeurs entre les femmes mareyeuses du nouveau port de pêche (Gbétsogbé) de Lomé et les responsables des pêcheurs.

Le rappel en fin de semaine à la communauté des pêcheurs de la décision interdisant l’usage des filets à mailles réduites pour la pêche artisanale provoque l’ire chez les femmes mareyeuses.

« Interdire les filets à mailles réduites, c’est interdire la prise du petit poisson (anchois) communément appelé ‘’abobi’’ ou ‘’doèvi’’ », protestent énergiquement les femmes qui n’ont pas hésité à hausser le ton.

Pour elles, le filet, objet d’interdiction est celui utilisé depuis des lustres et inutile de vouloir changer les règles du jeu dès lors que, c’est grâce à ce filet que leur commerce tient encore et se perpétue du fil des âges.

« C’est un poisson qui ne grandit pas. Il est toujours petit et souvent c’est lui qui nourrit les gros poissons dans la mer. Nous sommes d’accord pour l’interdiction des filets nylon, mais pas ceux à mailles réduites », font-elles savoir à nos confrères du journal Agridigital.net

Selon certaines données, 60 à 70% des femmes mareyeuses ont pour activité principale la vente de ce petit poisson.

A en croire ces femmes, malgré la situation précaire rendue encore plus incertaine avec la crise sanitaire du coronavirus (covid19), c’est un commerce, à vrai dire, qui leur procure des revenus.

Partage d’informations avec la communauté des
pêcheurs (image AGD)
Si une partie des revenus sert à prendre soin de leurs familles, l’autre est réinvestie dans les activités de pêches avec l’appui bien entendu des institutions de microfinances.

En réalité, ces femmes négocient des petits crédits et préfinancent les pêcheurs à disposer les filets et autres matériels nécessaires pour leurs activités.

Ainsi, interdire l’usage des filets à mailles réduites porte un contrecoup sérieux aux intérêts directs des femmes mareyeuses mais aussi des pêcheurs, qui doivent rembourser les crédits en nature –le plus souvent- en ramenant les petits poissons.

« C’est une décision qui tombe sur nos têtes sans aucun avertissement, sans une discussion préalable », réagissent certains pêcheurs, furieux au même titre que les femmes.

« Interdire l’utilisation des filets à mailles réduites, c’est selon nous interdire la prise du petit poisson en mer. Sans mentir, au port de pêche, c’est « abobi » qui est le moteur de notre activité. S’il n’y a pas ce poisson, il n’y a pas la pêche. C’est notre activité principale et c’est le poisson le plus demandé par la population. Ce que nous demandons à la fédération, c’est qu’on puisse ensemble s’assoir et discuter », confie Dométô Koffi Dalle, une mareyeuse.

A en croire Mme Dométô, cela fait plus de 20 ans qu’elle exerce dans cette activité, une activité héritée des parents et qui leur permet de subvenir aux besoins de leurs familles.

« Maintenant qu’ils veulent suspendre, comment payer les prêts ? Nous sommes déjà à la rentrée des classes, comment assurer la scolarité des enfants ? », s’interroge-t-elle.

Approchée, la Fédération Nationale des Unions de Coopérative de Pêche au Togo juge incompréhensible l’inquiétude soulevée par les femmes mareyeuses et rappelle qu’en aucun moment, il n’a été fait cas d’une quelconque interdiction des prises de petits poissons (anchois) en mer.

Abdou-Derman (G) et Dosseh Legbeze (D), responsables
des pêcheurs
« C’est la maille utilisée qui est interdite. Ce sont des mailles qui prennent en plus des anchois, les alevins et même ramassent les œufs de poissons. Cela détruit l’écosystème marin, épuise les ressources marines », souligne-t-on du côté de la Fédération.

En temps normal, poursuit-elle, le filet de pêche fait au total 600 mètres avec des mailles de plus de 15 mm et au beau milieu du filet, sur 50 mètres carré, l’on réduit la maille à une proportion moyenne qui permet de prendre l’anchois lors de la pêche.

« Mais comme elles ont constaté au fil des années que ce poisson ne venait plus en quantité, elles ont amené les pêcheurs à se faire confectionner des filets mono-filaments et à mailles très réduites sur toute la longueur des 600 mètres afin de pouvoir bien racler la mer », ripostent les responsables des organisations de pêche.

Elles persistent et signent que cette mauvaise pratique qui s’illustre comme de la pêche illicite combattu et interdit au risque de mettre en mal le plateau continental.

En somme, des deux positions inconciliables, un dialogue franc s’impose pour d’un côté, apaiser les femmes mareyeuses à comprendre la nécessité d’utiliser les filets conventionnels et de l’autre, les responsables de pêcheurs à faire preuve de pédagogie.

Les pouvoirs publics peuvent toujours jouer à la médiation et orienter les acteurs vers l’option la plus juste qui préserve les acquis et le bien commun.

Source : Agridigitale.net

Komla AKPANRI

Je me nomme AKPANRI Komla, historien de formation, arbitre fédéral. Le journalisme est une passion pour moi plus précisément le journalisme sportif puisque je suis un sportif. Ayant fait une formation en histoire, j'aborde aussi des questions politiques, sociales et culturelles.

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