Ceci est une tribune de Ibrahima Sanogo sur la situation nationale notamment sur la diversification des partenariats dans la lutte contre le terrorisme.

Burkina Faso: « L’indépendance ne veut pas dire quitter la France » Ibrahima Sanogo

Ceci est une tribune de Ibrahima Sanogo sur la situation nationale notamment sur la diversification des partenariats dans la lutte contre le terrorisme.

Les événements de début octobre 2022 qui ont conduit à l’avènement du MPSR II ont fortement été teintés du sentiment « anti-politique française » dans le contexte de mal terroriste qui range une partie de l’espace saharien, dont le Burkina Faso. Une escalade qui s’est traduite par des actes de sabotage de symboles français et de saccage des instituts français et de l’ambassade de France. Entre des manifestants qui exigent le départ hic et nunc de la France et/ou réclament la Russie comme partenaire privilégié dans la lutte contre le terrorisme, existent ces citoyens burkinabe et africains qui pensent que l’indépendance ne se fera pas en déshabillant Pierre pour habiller Paul

S’il est vrai que la question de la coopération avec la France mérite d’être revue (il est d’ailleurs vrai que les relations internationales sont dynamiques), il est encore indéniable que ce qui est ici posé, c’est la question même de notre capacité à faire face aux préoccupations vitales. En termes clairs, autant nous nous montrerons capables, autant nous serons mieux à l’aise dans les relations avec les partenaires internationaux, y compris avec la France. Ce qui est donc en jeu ici, c’est moins Tinconséquence supposée des autres à nous aider que notre veulerie à nous assumer.

La vraie indépendance viendra d’une vraie prise de conscience de notre part de sacrifice dans la construction de la patrie, Pourquoi les autres devront consentir le sacrifice à notre place, et pour quelle contrepartie ? C’est pourquoi faut-il saluer la vision du président du MPSR II, le capitaine Ibrahim Traoré, et de son Premier ministre, Apollinaire Joachim Kyelem de Tambela selon laquelle, il faut compter sur ses propres forces et faire en sorte que les partenariats soient bénéfiques au Burkina. On comprend donc par là également qu’il ne s’agit pas de botter en touche, une quelconque relation internationale.

Il est clair que dans les conditions actuelles, le Burkina Faso a, plus qu’hier, a besoin de l’apport de tous ses partenaires, proches et lointains.

La lutte contre le phénomène terroriste ne peut se gagner dans un braquage contre tous ceux qui peuvent être d’un soutien considérable à l’effort et qui ont, surtout, engagé des ressources humaines, matérielles et financières de leur pays à nos côtés. Il faut plutôt créer les conditions qui vont mettre à l’aise ces partenaires à nous aider.

La situation depuis des années au Mali et au Niger devrait éclairer le Burkina dans certaines options et attitudes dans la lutte contre le mal. Il faut donc travailler à mobiliser les partenaires dans la lutte, c’est une démarche qui vaut la peine d’être faite dans ce contexte où les positions des Forces de défense et de sécurité continuent de subir de féroces agressions avec de nombreuses pertes en vies humaines et en matériel.

La récente attaque, lundi 24 octobre, contre le camp du 14è Régiment inter-armée (14è RIA) basé à Djibo, et qui a coûté la vie à dix soldats, montre l’ampleur du défi à relever.

Environ deux millions de déplacés internes, plus de 40% du territoire national qui échappent au contrôle de l’Etat et des populations civiles tuées à longueur de semaines, la situation est suffisamment grave qu’aucun soutien ne doit être négligé.

Aujourd’hui, le Burkina se trouve dans une position où les liens ne sont pas au beau fixe avec la France, qui a pourtant été d’un secours dans plusieurs attaques enregistrées par le pays. Fallait-il arriver à cette situation où des instituts français et l’ambassade sont saccagés, comme le montre ce spectacle des 30 septembre et 1er octobre 2022?

Certainement qu’avec le recul, nombreux de ceux qui ont approuvé un tel acte regrettent. On peut bien rompre ou réviser les termes de la coopération à notre guise, sans passer par cet extrême auquel on a assisté. «Si on enlève l’apport des centres culturels français dans ce que je suis aujourd’hui, il ne me reste pas grand chose », reconnaît un haut cadre de l’administration burkinabè, dénonçant cette démarche extrémiste de certains citoyens envers la France qui a conduit au saccage des symboles français. «Mais que puis-je faire contre cela; ceux qui sont dans la rue en train de poser de tels actes vont-ils comprendre mon raisonnement ?», se résigne-t-il.

Aussi, dans le fond, c’est paradoxal que ceux-là qui, au nom de l’indépendance également, demandent le départ de la France, appellent au même moment la Russie. Et demain, ce sera la Chine, la Turquie…ou les Etats-Unis, au gré des difficultés ou circonstances? Plus que des actes et comportements contradictoires, il faut une démarche qui procède d’une prise en charge par nous-mêmes de nos propres besoins et problèmes.

Sans cette conscience, tout autre combat de facilité qui consiste à évincer tel partenaire pour tel autre n’est que déplacer simplement les problèmes.

L’indépendance ne veut donc pas dire quitter les Français, aller chez les Russes et ensuite chez les Chinois . Ceci sera plus grave que la colonisation, car nous l’aurions souhaité et obtenu. Il faut vraiment y réfléchir et se ressaisir à temps ! »

B-Médias

Komla AKPANRI

Je me nomme AKPANRI Komla, historien de formation, arbitre fédéral. Le journalisme est une passion pour moi plus précisément le journalisme sportif puisque je suis un sportif. Ayant fait une formation en histoire, j'aborde aussi des questions politiques, sociales et culturelles.

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